Contexte - Terminologie de la sylviculture au Canada

 

Terminologie
de la
sylviculture
au Canada

 

 

 

 

Deuxième édition (révisée)

Traduit et adapté de la version anglaise

 

 

Direction générale de l'industrie,
de l’économie et des programmes
Service canadien des forêts
Ressources naturelles Canada

 

 

Ottawa, 1995
(Internet 1999)

 

 

© Ministre des Ressources naturelles Canada 1995
ISBN 0-662-61680-4
Numéro de catalogue Fo42-170/1995

Il est possible d'obtenir sans frais des exemplaires de cette publication auprès de:

Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Direction générale des politiques, de l’économie et
des affaires internationales
351, boul. St-Joseph, 20e étage
Hull (Québec)
K1A 1G5

Téléphone : (819) 997-1107
Télécopieur : (819) 953-7048

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165, Hôtel-de-Ville
Hull (Québec)
J8X 3X2

2e édition compilée par François Sauvageau, ing. for.

Données de catalogage avant publication (Canada)

Vedette principale au titre :

Terminologie de la sylviculture au Canada

Deuxième édition.

Texte en français et en anglais disposé tête-bêche.
titre de la p. de t. addit.: Silvicultural terms in Canada.
Publ. antérieurement: Canada. Forêts Canada. Direction générale des Sciences et du développement durable, 1992.
ISBN 0-662-61680-4
No de cat. Fo42-170/1995

1. Forêts et sylviculture — Canada — Terminologie.
I. Service canadien des forêts. Direction générale des politiques, de l’économie et des affaires internationales

SD126.S28 1995 634.9'5'03 C95-980098-0E

Table des matières

Remerciements

Introduction

Première partie : Survol des pratiques sylvicoles au Canada

          Historique

          Opérations fondamentales de sylviculture
               Classification écologique
               Assurer la régénération naturelle
               Régénération artificielle

           Sylviculture intensive
               Coupes d’éclaircie précommerciales
               Coupes d’éclaircie commerciales
               Élagage et taille de formation
               Opérations d’amélioration
               Fertilisation et drainage

          Pratiques sylvicoles spéciales
               L’aménagement des vergers à graines
               L’aménagement des pépinières
               Sylviculture des zones de loisirs et sylviculture paysagère

           Relevés sylvicoles et tenue de registres pour le suivi des peuplements

           Préparation des plans d’aménagement

Remerciements

     La deuxième édition de la Terminologie de la sylviculture au Canada constitue une version étendue de la première version. De nombreux termes utilisés dans le contexte de la sylviculture au Canada ont été ajoutés au contenu de la première édition de façon à couvrir tous les domaines usuels de la pratique de la sylviculture. Une révision détaillée de la version préliminaire de cette deuxième édition a été effectuée par un groupe de spécialistes en sylviculture représentant l’ensemble des conditions forestières du Canada. Nos remerciements vont à Jim Ball, Lisa Buse, Rob Cameron, Bob Currell, S.W.J. Dominy, Willard H. Fogal, Andrew Grauman, Richard H. Kendall, Janet Lane, Victor Lieffers, R.L. Macnaughton, Michael D. Meagher, E.K. Morgenstern, Donald N. Nixon, G.R. Powell, Jim Richardson, Victor G. Smith, W.M. Stiell, Roy F. Sutton, Brad Sutherland, Al Todd, Jim Wood et Christopher W. Yeatman pour leur collaboration à l’édition du texte anglais, ainsi qu’à Jean-Marie Binot, Jean-Louis Brown, Sophie Calmé, René Doucet, Alain Fortin, Jean-Guy Ruel et Réjean Talbot, pour la révision scientifique du texte français.

Introduction

     Telle qu’elle se pratique au Canada, la sylviculture a évolué en réaction à des besoins locaux ou régionaux. On comprendra donc que sa terminologie prenne diverses couleurs locales et régionales. Or, pour brosser un tableau précis de la sylviculture au Canada, à partir de statistiques recueillies un peu partout au pays, la terminologie a besoin d’une certaine cohérence. La présente publication veut doter le secteur forestier canadien dans son ensemble d’une terminologie commune.

     Certains aspects spécialisés de la sylviculture tels que les techniques de reproductions ont été omis de cette première édition, qui ne se prétend ni définitive ni exhaustive. Plusieurs définitions du glossaire mentionnent des variantes régionales des acceptions et de l’usage.

     Les méthodes et la terminologie de la sylviculture évoluent constamment. Les auteurs savent que l’on trouvera des défauts dans la terminologie et l’usage proposés. Ils accueilleront les observations et les recommandations constructives que l’on voudra bien leur faire parvenir à l’adresse suivante :

 

Service canadien des forêts
Direction générale des politiques, de l’économie
et des affaires internationales
Ottawa (Ontario)
K1A 1G5

 

Première partie

Survol des pratiques sylvicoles
au Canada

     Outre la description rapide des pratiques sylvicoles au pays, le présent survol a pour but d’expliquer le contexte dans lequel se meut la terminologie de la sylviculture au Canada. À l’arrière-plan de nos pratiques sylvicoles, on discerne le recul des forêts vierges et le besoin, mondialement ressenti comme de plus en plus fort, de toutes sortes de produits et d’avantages que l’on tire de la forêt. Un triple constat s’impose : d’abord, il devient nécessaire de faire croître le bois, de le cultiver plutôt que de le dénicher; deuxièmement, la sylviculture doit s’intensifier; enfin, il faut apprendre à concilier les demandes des différents utilisateurs de la forêt.

     On peut augmenter le rendement en bois d’un peuplement forestier en :

• modifiant la densité et la structure du peuplement;
• augmentant le bilan net de la photosynthèse au profit de la respiration par les arbres cultivés et par le peuplement dans son ensemble;
• améliorant génétiquement les essences cultivées;
• utilisant, dans des régions particulières, des essences, des lignées ou des races nouvelles ou différentes qui ont une meilleure production de bois ou dont la qualité et la forme du fût sont améliorées.


     On peut modifier la productivité d’une station forestière, pour augmenter le rendement en bois, en :

• restaurant la productivité des stations exploitées à outrance en les protégeant contre les incendies, le pâturage et l’érosion anormale ainsi qu’en employant des essences adaptées au sol et au climat;
• améliorant la productivité stationnelle par le travail du sol, la fertilisation ou l’irrigation;
• éliminant la concurrence végétale indésirable qui opprime les arbres et qui, de ce fait, diminue la production ligneuse.

     Ces façons d’augmenter le rendement en bois s’appliquent à l’échelle du peuplement, pour changer la structure et la dynamique de chaque peuplement. Or, les forêts sont constituées de beaucoup de peuplements, qui sont habituellement regroupés en une unité d’aménagement pour les besoins de la planification. L’aménagement forestier comporte la prise de mesures (c’est-à-dire protection, reboisement, soins culturaux, programme des coupes [localisation, assiette et calendrier] et planification de l’utilisation intégrée) de toute l’unité d’aménagement.

     La sylviculture n’est pas synonyme d’aménagement. Elle comprend les mesures prises à l’échelle de chaque peuplement pour renouveler et améliorer la forêt afin d’atteindre les objectifs d’aménagement touchant la matière ligneuse, la faune, les loisirs, les paysages, la conservation et la gestion de l’eau.

Historique

     De 1910 à 1950, la sylviculture au Canada s’est surtout préoccupée de planter des arbres sur les exploitations agricoles des Prairies ainsi que sur les terres agricoles abandonnées de l’est du pays. Dans les forêts publiques, on se fiait à la régénération naturelle qui succédait à la coupe. De 1950 à 1970, on s’est efforcé d’aider la régénération naturelle en modifiant les méthodes de coupe, en scarifiant et en préparant des prescriptions sylvicoles de nature écologique pour favoriser la régénération naturelle. On a alors mis sur pied des programmes de plantation et d’amélioration des arbres. Au cours des années 70 et 80, on a insisté sur la plantation d’arbres de qualité et sur le traitement des terres insuffisamment reboisées, y compris l’utilisation accrue des herbicides (Weetman, 1982).

     De 1980 à 1990, les programmes de plantation se sont amplifiés au point d’englober le quart de la superficie annuellement coupée, qui est d’environ 900 000 ha (Kuhnke, 1989). Dans certaines provinces, on distingue les travaux obligatoires de base exigés sur les permis ou les concessions jusqu’à ce que la régénération soit bien établie, autonome, et les pratiques sylvicoles d’appoint ou intensives qui visent à améliorer et à accélérer les performances des peuplements.

     À l’origine, la plupart des programmes sylvicoles ont été réalisés par des organismes de l’État. Au cours des années 80, avec la privatisation de ces programmes, les entreprises privées de sylviculture ont rapidement prospéré. De plus en plus, on insiste sur la conception et l’adaptation des programmes d’aménagement et de sylviculture aux structures d’âge des forêts afin d’assurer la continuité de la production de bois. Dès 1990, la plus grande partie de la possibilité forestière excédentaire des provinces avait été absorbée par la nouvelle expansion industrielle. La plupart des opérations de coupe se poursuivent et se poursuivront dans les vieilles forêts vierges, mais celles-ci seront bientôt épuisées. Auparavant, les pratiques sylvicoles étaient soucieuses presque exclusivement de la réussite de la régénération. On en est maintenant à un dosage plus équilibré et mieux conçu de régénérations et de travaux sylvicoles, à partir de prescriptions sylvicoles établies antérieurement à la récolte. Ce changement d’orientation a fait converger l’attention vers la coupe d’éclaircie précommerciale, l’élagage, l’amélioration des arbres, la coupe d’éclaircie commerciale et la fertilisation en vue de l’obtention de peuplements de qualité dans le délai imposé par le recul des réserves de forêts anciennes.

     Comme le public se préoccupe de plus en plus de l’aspect visuel et des effets écologiques de la coupe à blanc (la principale méthode de récolte), les programmes sylvicoles cherchent de plus en plus à s’appuyer sur des méthodes de rechange convenables qui satisfont aux contraintes de l’utilisation intégrée imposées par les demandes du public, celles des aménagistes de la faune, des loisirs, des bassins hydrographiques et par la nécessité d’une régénération couronnée de succès.

Opérations fondamentales de sylviculture

Classification écologique

     Au début, on a tenté d’appliquer à de vastes forêts écologiquement complexes des systèmes de récolte modifiés ou de simples règles de plantation, mais on s’est rendu à l’évidence : pour être couronnée de succès, la régénération devait se fonder sur une étude plus détaillée de l’écologie forestière. On a opté pour la classification biophysique, c’est-à-dire la classification des terrains forestiers d’après la végétation du sous-bois, intégrée à une matrice double, constituée des régimes d’éléments nutritifs et d’humidité. Ces régimes vont respectivement du sec au très humide et, sur le plan nutritif, du pauvre au riche.

     Les écosystèmes ou les associations sont reconnus comme groupes sylvicoles opérationnels à l’intérieur de la double matrice. Celle-ci est établie pour de vastes écorégions ou zones biogéoclimatiques qui représentent une relation reconnaissable à l’échelon régional entre la couverture forestière, le climat et les formes de terrains. Les unités que l’on y reconnaît sont décrites en fonction de types forestiers et des caractéristiques connexes du profil pédologique. À cela, on ajoute des interprétations pour les besoins de l’aménagement, les facteurs limitants ainsi que des données sur les successions, ce qui fait que les pratiques sylvicoles s’articulent autour d’une classification biologique fondée à son tour sur les paramètres des forêts naturelles. Ces classifications sont enrichies de la connaissance et des expériences, positives ou négatives, des opérations sylvicoles antérieures ainsi que de données sur la productivité forestière. Ces connaissances sont qualifiées, de ce fait, de ponctuelles ou de stationnelles. Elles se sont révélées une condition essentielle de la pratique sylvicole pour éviter les erreurs et tirer une leçon des succès et des échecs.

Assurer la régénération naturelle

     Au début, toutes les forêts du Canada se sont implantées grâce à la régénération naturelle, sans l’intervention de l’homme. Les incendies, les chablis et les attaques des insectes sont les agents habituels de mortalité des vieilles forêts, et les essences sont adaptées à la régénération consécutive à ces perturbations. La coupe du bois provoque des modifications critiques du lit de germination et de l’apport de semences auquel ne correspond rien de connu dans la nature.

     L’observation des circonstances qui assuraient le succès de la régénération naturelle a abouti à des prescriptions sylvicoles visant à assurer un ensemencement suffisant, un lit de germination ainsi que des conditions d’humidité et de croissance qui favorisent les essences recherchées.

     La combinaison des méthodes de coupe et des autres traitements par lesquels on établit ou on renouvelle un peuplement constitue une méthode de reproduction (Smith, 1986). Le programme des traitements sylvicoles durant la vie du peuplement constitue le régime sylvicole ou mode de régénération. Les régimes ou modes de régénération suivants sont utilisés au Canada :

• le mode de régénération par coupe à blanc, qui comporte la coupe de tous les arbres;
• le mode de régénération par coupes progressives, qui comporte la conservation d’un couvert d’arbres à maturité tandis que s’établit une régénération, en strate inférieure. Cette dernière s’appelle régénération préexistante et elle s’effectue souvent naturellement dans les  vieilles forêts;
• le mode de régénération avec réserve de semenciers, qui comporte la coupe de tous les arbres à l’exception d’un certain nombre de semenciers de forme supérieure, laissés seuls ou en petits groupes, de même qu’un lit de germination favorable;
• le jardinage, qui comporte la conservation d’un peuplement de structure inéquienne et irrégulière, qui se régénère de lui-même et qui est périodiquement soumis à des coupes pour extraire les arbres de toutes les classes de dimensions;
• le régime du taillis, qui comporte la coupe à blanc mais qui repose sur la multiplication végétative à partir de rejets et de drageons.

     Chaque essence et espèce végétale possède une stratégie et un mode particulier de reproduction. L’ensemble des connaissances à cet égard constitue l’écologie de l’essence (Fowells, 1965; Daniel et collab., 1979).

     Même si l’on choisit soigneusement les régimes sylvicoles, il est biologiquement impossible d’assurer, dans de nombreuses associations forestières canadiennes, une régénération naturelle qui soit à la fois rapide et abondante. Nous continuons à récolter de vastes superficies de forêts surannées, souvent composées d’essences de climax, mal adaptées à l’implantation rapide et à la croissance sur des superficies coupées à blanc où la végétation est clairsemée. L’âge extrême des arbres et la forte incidence de la pourriture et de la maladie rendent souvent obligatoire la coupe à blanc. Les superficies coupées à blanc ont d’abord un aspect rebutant et sont très critiquées par le public. Leur reboisement est habituellement nécessaire, pour accélérer la régénération. Faute de plantation, les vastes superficies insuffisamment reboisées se sont multipliées. Aujourd’hui, elles sont affectées en priorité pour la régénération artificielle. L’amélioration mécanique des lits de germination, qui vise avant tout à exposer le sol minéral et à supprimer la concurrence végétale, s’appelle scarifiage. Ce traitement est communément prescrit pour la régénération naturelle.

Régénération artificielle

     On décide de recourir à la régénération artificielle lorsque :

• La régénération naturelle ne peut être assurée avec certitude, lorsqu’elle est d’une densité excessive ou de piètre qualité ou qu’elle est infestée par la maladie ou par des espèces indésirables.
• Une régénération rapide est nécessaire en même temps que la maîtrise des essences et de la densité.
• Les avantages de l’amélioration génétique et de l’amélioration générale des arbres permettent d’améliorer les matériels de reproduction en pépinière.
• Le mariage de l’essence à la station, la plantation d’une essence exotique ou les deux procureront des gains considérables de production.

     Comme les circonstances précitées sont fréquentes, la régénération artificielle a acquis une grande vogue dans la période de 1960 à 1990. Actuellement, le tiers de superficies récemment coupées à blanc est planté (Kuhnke, 1989).

     En régénération artificielle, il faut se conformer aux pratiques suivantes :

Assurer un apport de semences

     Les collections de semences peuvent être constituées soit à partir de peuplements naturels non traités, de peuplements naturels sélectionnés consacrés à la production de semences (peuplements producteurs de semences), soit à partir de plantations de familles d’arbres sélectionnés, plantées en vergers, irriguées et fertilisées afin de provoquer la floraison (vergers à graines non contrôlées). Après pollinisation croisée entre les familles et tests de descendance, ces vergers sont soumis à une sélection, ce qui donne des vergers constitués d’arbres dont la performance génétique supérieure a été éprouvée (vergers à graines certifiées contrôlées).

     Les essences ligneuses varient par le mode de production de leurs semences, et le mode de stockage et de germination de celles-ci varie également (USDA, 1974). Habituellement, l’étiquetage des semences d’arbres forestiers se fait selon la zone de production et la localité, et, habituellement, le transport des semences à l’extérieur de la zone ou de l’intervalle d’altitude est réglementé.

     On stocke habituellement les semences d’arbres forestiers dans de vastes banques centralisées, réfrigérées, capables de répondre pendant de nombreuses années à la demande dont fait l’objet chaque essence. Certaines essences et certaines zones de production de semences sont en rupture de stock. Les semences des vergers à graines non contrôlées ne seront généralement pas disponibles en grandes quantités avant l’an 2000.

     Certaines essences, l’épinette noire et le pin gris notamment, produisent beaucoup de semences dans des cônes qui restent suspendus aux arbres pendant de nombreuses années. La collecte de ces cônes est facile, ce qui favorise la constitution de gros stocks de semences peu coûteuses. Celles-ci servent à l’ensemencement direct, par aéronefs ou au sol (par exemple par motoneige ou véhicule tout-terrain), habituellement sur du terrain scarifié. L’ensemencement direct repose sur l’emploi de grosses quantités de semences, qui doivent par conséquent être peu coûteuses; c’est pourquoi son emploi est surtout limité à ces deux essences.

     Les collectes de cônes sont souvent effectuées à partir d’arbres abattus à la faveur des opérations de coupe. Dans les arbres debout, on accède aux cônes en grimpant le long des troncs, en se servant d’échelles ou d’autres dispositifs de mise à niveau. Parfois, en terrain difficile, on se sert de cueilleurs de cônes.

     Les semences collectées dans différentes parties de l’aire de répartition d’une essence sont contrôlées en diverses localités par des tests de provenance. Les semences de certaines provenances sont en pénurie. En Europe, les qualités ou les défauts de certaines provenances de semences de la Colombie-Britannique, notamment du douglas taxifolié, de l’épinette de Sitka, du sapin grandissime et du pin tordu, ont valu à ces essences une excellente ou une mauvaise réputation.

     Par le passé, l’approvisionnement anarchique en semences et la piètre performance des plantations qui en a découlé sont à l’origine des règlements et des contrôles rigoureux que l’État a institués pour la collecte et le stockage des semences de même que de leur répartition sur le territoire domanial du Canada.

Pratiques en pépinières de production

     Les semences des essences choisies pour les stations forestières à reboiser sont envoyées dans des pépinières forestières pour l’obtention de matériels de plantation. À l’origine, la plus grande partie des matériels de plantation y était produite par ensemencement sur billons couverts d’un sable de protection plus ou moins grossier, puis cultivée pendant une ou deux années, pour donner des plants à racines nues destinés à être utilisés en forêt immédiatement ou transplantés dans la pépinière pour un séjour d’une année ou deux afin qu’ils soient plus gros au moment de leur mise en place.

     Actuellement, la plus grande partie des matériels de production en pépinière est cultivée en récipients, dans des serres où la température et l’humidité sont contrôlées, et elle est irriguée avec des solutions nutritives normalisées. Ces plants en récipients croissent plus rapidement, sont plus uniformes et souvent moins coûteux à produire, mais ils sont souvent plus démunis contre la concurrence après la transplantation que les plants à racines nues. La production canadienne, tant dans les pépinières de l’État que du privé, frise le milliard de semis par année. La plus grande partie du matériel, après extraction, est gardée au froid, puis acheminée par camion sur diverses distances vers le lieu de plantation. Plus de 95 % de la production est constituée de conifères, les deux tiers de pins et d’épinettes. On produit un peu de peupliers à partir de boutures.

Préparation du terrain

     L’ameublissement du sol forestier afin d’améliorer le lit de germination destiné à la régénération naturelle s’appelle le scarifiage. La préparation du terrain vise à faciliter la plantation et à favoriser la survie et la croissance ultérieures. À cette fin, on se sert de moyens mécaniques (labour, disquage, scarifiage par sillons, écrasage et empilage des rémanents) ou chimiques (des herbicides habituellement), pour tuer ou supprimer la végétation concurrente. On utilise aussi le brûlage dirigé, pour éliminer les rémanents et les débris ligneux, retarder l’implantation de la végétation concurrente, assurer la fertilisation avec les cendres et mobiliser les éléments nutritifs ou rendre ceux-ci plus assimilables grâce au réchauffement du sol. Cette préparation est souvent essentielle à l’implantation végétale dans les stations riches, c’est-à-dire dont le sol très fertile est exposé à l’envahissement rapide par l’herbe et les broussailles. On a rapidement mis au point une large gamme d’engins de préparation du terrain, dans la foulée des nouveaux engins spécialisés de débardage (tracteurs sur roues ou sur chenilles et nouveaux types de porteurs et de rétrocaveuses).

     Le brûlage dirigé s’est rapidement répandu après la mise au point de dispositifs d’allumage à partir d’hélicoptères et grâce au calcul scientifique des indices de combustion, de la masse des rémanents et de la vitesse de propagation du feu. La préparation du terrain est particulièrement nécessaire à la culture des conifères au Canada. Dans les vieilles forêts vierges que l’on coupe aujourd’hui, on trouve en effet beaucoup de petits arbres inutilisables, d’arbres en putréfaction et d’arbres sans intérêt commercial, et il importe d’autre part d’augmenter la température du sol dans de nombreuses forêts du Nord où les couches d’humus sont épaisses. Enfin, il faut combattre les espèces végétales concurrentes sur les superficies coupées à blanc et y traiter les nombreux rémanents.

Méthodes de plantation

     De toutes les pratiques sylvicoles, celle qui consiste à planter environ un milliard d’arbres par année est la moins mécanisée. Il importe de planter soigneusement, dans la niche convenable; on a constaté que cela n’était réellement possible qu’à la main, malgré les essais très coûteux de mise au point d’engins à cette fin. La plantation manuelle exige plus d’un million de journées-personnes de travail par année. Cette tâche est une source importante de revenus annuels pour le secteur des entreprises de reboisement à contrat.

     Non seulement il faut choisir sur mesure le lot de semences et l’essence pour chaque station, mais également, le type de matériel de plantation, c’est-à-dire son âge, sa taille, le fait qu’il soit à racines nues ou en récipients et s’il est en récipient, la grosseur et le type de ce dernier. Le type de récipient doit également correspondre au travail préalable de préparation du sol.

     La plantation se fait habituellement au début du printemps, après la fonte, et elle est soumise à un contrôle et à des inspections rigoureuses de la qualité. Le travail est habituellement rémunéré à la pièce. Physiquement exigeant, il est habituellement confié à de jeunes gens qui manient par exemple la pioche ou la pelle pour le matériel à racines nues ou le tube plantoir pour le matériel en récipient.

Pratiques de gestion des végétaux

     L’expérience a montré que la plantation doit être suivie de soins culturaux pour amener les arbres à s’implanter et à atteindre le stade de l’autonomie de croissance, c’est-à-dire pour qu’ils soient suffisamment à l’abri de la concurrence des autres végétaux et disposent d’une réserve convenable d’humidité et d’éléments nutritifs pour survivre et connaître une croissance en hauteur ininterrompue. L’atteinte de ce stade est une exigence sylvicole de base pour l’obtention d’un permis de coupe sur le domaine de certaines provinces. L’aménagement de la végétation englobe les travaux de préparation du sol avant et après la plantation de même que les travaux qui suivent la germination naturelle (Walstad et Kuch, 1987). Le dégagement des arbres de la végétation concurrente (mauvaises herbes) se fait chimiquement (habituellement au moyen d’herbicides sélectifs, avec ou sans engrais), manuellement (débroussaillement, arrachage et dégagement au moyen de tronçonneuses ou de scies débroussailleuses) ainsi que par des méthodes biologiques (pâturage de bovins, d’ovins et de caprins, et abroutissement par les cervidés).

     Viser le stade de l’autonomie de croissance, c’est garantir une nouvelle récolte forestière dont la croissance sera assurée et prévisible, qui présentera de faibles risques et dont les dimensions du bois, la valeur du produit et le rendement seront calculables.

     La sylviculture de base est considérée comme le minimum exigé pour le domaine public afin d’y assurer, pour le nouveau peuplement, une productivité au moins égale à celle du peuplement d’origine.

     Les services provinciaux et territoriaux des forêts ont pour règle d’affecter à chaque génération de Canadiens un avoir limité dans les ressources forestières et de transmettre cet avoir, intact, à la génération suivante. La sylviculture de base satisfait, estime-t-on, à cette responsabilité morale.

Sylviculture intensive

     Après l’établissement du peuplement, on peut améliorer la valeur du bois que l’on en tirera ainsi que la valeur des autres ressources de la forêt en faisant appel à la sylviculture intensive.

Coupes d’éclaircie précommerciales

     Un peuplement ne peut produire qu’un volume donné de bois dans l’année, lorsque la station est complètement occupée par les arbres. L’éclaircie précommerciale vise donc à réduire le nombre d’arbres pour concentrer la production en volume sur un nombre plus restreint d’individus d’espèces recherchées. Ces coupes sont pratiquées manuellement, au moyen de scies débroussailleuses et de tronçonneuses ou, mécaniquement, au moyen de scies ou de fléaux montés sur des tracteurs. On homogénéise ainsi le peuplement, on accroît la taille moyenne des arbres, et on réduit l’âge d’exploitabilité. La mécanisation est très difficile et très coûteuse. Souvent, il faut plus d’une journée-personne à l’hectare. Malgré les coûts élevés, la pratique est répandue, puisque en accélérant l’exploitation des jeunes peuplements on peut également accélérer la récolte des vieux peuplements surannés de l’unité d’aménagement, ce qui rapporte plus que ce qu’il faut pour éponger les coûts de l’éclaircie précommerciale. Cela permet également d’abaisser les coûts de l’exploitation et d’augmenter la valeur des produits. On améliore souvent en même temps l’habitat faunique et les valeurs esthétiques de la forêt. Faute d’éclaircie précommerciale, les peuplements qui occupent des stations peu fertiles peuvent ne jamais être exploitables. Les peuplements traités peuvent conserver jusqu’à la récolte la densité de tiges ainsi obtenue, ou ils peuvent subir ultérieurement une ou plusieurs éclaircies commerciales.

     On qualifie la pratique de précommerciale parce qu’elle est appliquée peu après la fermeture du couvert, c’est-à-dire le moment où les cimes se joignent. Les arbres sont alors relativement petits et aucun débouché n’existe pour le bois coupé.

Coupes d’éclaircie commerciales

     Jusqu’à 30 % du volume total de production d’un peuplement peut être perdu du fait de la mortalité provoquée par la concurrence (c’est-à-dire que les petits arbres des peuplements denses meurent faute d’espace). L’éclaircie commerciale constitue un moyen de récupérer cette perte et de tirer un premier revenu d’un peuplement, par la récolte des arbres suffisamment gros pour posséder une certaine valeur. Dans la pratique, il est presque impossible d’empêcher tout à fait les pertes dues à la mortalité potentielle parce qu’il faudrait que les éclaircies soient légères et répétées si chaque éclaircie doit laisser des volumes résiduels suffisants pour maintenir la vitesse de croissance du peuplement.

     En raison de leur coût élevé et des conditions actuelles du marché canadien, la plupart des éclaircies ne sont pas rentables. En effet, elles sont le plus souvent légères et répétées, et leur produit ne peut pas être mis en marché. Même une éclaircie unique n'est pas toujours économique. Les éclaircies commerciales sont plus susceptibles d’être économiques si la densité des tiges a été réglée dès l’implantation ou au moyen d’éclaircies précommerciales. Actuellement, les éclaircies commerciales sont très peu pratiquées au Canada, surtout parce que la densité et la composition en essences s’y prêtent peu, parce que le coût de l’éclaircie est élevé et que la valeur du bois sur pied est faible.

Élagage et taille de formation

     Après avoir réduit la densité des tiges dans les peuplements au point où, même s’ils sont jeunes, on peut reconnaître les arbres qui vaudront la peine d’être récoltés, l’élagage devient une possibilité. Grâce à l’élagage, on valorise chaque arbre en supprimant prématurément les branches inférieures de sorte qu’un bois net de nœuds se formera autour d’un cœur noueux. Les branches de plusieurs essences utiles ne s’élaguent pas de façon spontanée et persistent sur la tige même après la mort de l’arbre due au manque de lumière.

     Les branches vivantes et mortes sont coupées au ras du tronc au moyen de scies à main, la mécanisation étant très difficile. L’élagage répété est nécessaire afin d’assurer une forme cylindrique au cœur noueux sans trop supprimer de branches vivantes de la cime.

     L’opération est très coûteuse et, pour qu’elle soit économique, il faut que la valeur sur pied du bois net de nœuds soit considérablement plus grande que celle du bois noueux et que le peuplement ait été soumis à une éclaircie. Comme ces conditions sont rares au Canada, l’élagage reste peu pratiqué. Avec l’augmentation du nombre de peuplements soumis à des éclaircies précommerciales et avec l’épuisement des réserves de vieux bois net de défauts, l’élagage deviendra économiquement plus attrayant. Le traitement exige un délai de 20 à 30 ans avant qu’un arbre puisse produire un volume suffisant de bois net de nœuds. Les essences qui y sont le plus communément soumises sont le pin blanc et le douglas taxifolié.

     La taille de formation est une opération pratiquée dans les plantations d’arbres de Noël : on façonne l’arbre pour en faciliter la vente. L’opération se fait au moyen de cisailles. Les pins sont traités au cours de la croissance des pousses apicales. Les autres conifères sont taillés après la formation des bourgeons.

Opérations d’amélioration

     L’amélioration d’un peuplement, c’est la suppression, par la coupe ou par des substances toxiques, de certains arbres difformes et indésirables dans un vieux peuplement. On y recourt habituellement dans les peuplements de feuillus qui n’ont pas été entretenus, qui renferment des arbres d’une valeur certaine mêlés à des arbres moins précieux. Habituellement, cette pratique ne produit aucun revenu, sauf peut-être du bois de chauffage. Il s’agit de privilégier la capacité de croissance des arbres les plus précieux, sans réduire à outrance le volume du matériel sur pied et sans perte d’accroissement. L’est du Canada est couvert de très vastes forêts de feuillus tolérants, dont on a souvent écrémé les arbres ayant la plus grande valeur. Délabrés, ces peuplements doivent être améliorés. Actuellement, ce type de traitement est peu pratiqué en raison des coûts élevés et de l’absence de revenus immédiats.

Fertilisation et drainage

     On peut accélérer la croissance des arbres et des peuplements par un apport supplémentaire d’éléments nutritifs essentiels. Contrairement aux cultures agricoles, les écosystèmes forestiers recyclent les éléments nutritifs. Pourtant, ce qui limite la croissance des peuplements forestiers, ce sont d’abord les éléments nutritifs disponibles, avant le climat, la température ou l’humidité.

     L’épandage d’engrais granulés se fait à partir d’hélicoptères sur des peuplements forestiers choisis, et constitue une opération coûteuse. Comme le bois supplémentaire obtenu au moyen de la fertilisation est d’un coût élevé, les arbres ainsi traités doivent former le peuplement final (un peuplement éclairci à la densité finale des tiges) et la valeur du bois sur pied doit être élevée. Une condition favorable serait un déficit du volume du peuplement dans certaines classes d’âge de l’unité d’aménagement. Il importe de savoir que le peuplement pourra bien réagir au traitement.

     La plupart des peuplements sont fertilisés après la fermeture du couvert, habituellement à la densité finale des tiges. On fertilise aussi à la plantation ou immédiatement après. Pour que l’opération soit couronnée de succès, il faut combattre la végétation concurrente et poser un diagnostic juste de l’équilibre nutritif de la régénération.

     Le drainage des stations, notamment des sols organiques, recèle la vaste possibilité d’améliorer l’accroissement des peuplements. Même s’il est largement pratiqué dans les forêts boréales de la Finlande où on manque de bois et de terrains pour le faire croître, au Canada on l’utilise uniquement à titre expérimental, habituellement dans les muskegs à épinettes noires. À cette fin, on utilise des charrues forestières géantes ou des rétrocaveuses de conception spéciale. L’écartement entre les fossés de drainage et la profondeur de ces derniers doivent correspondre rigoureusement aux caractéristiques hydrologiques ainsi qu’à la classification de la matière organique.

Pratiques sylvicoles spéciales

     La plupart des pratiques de sylviculture intensives visent à améliorer la production de bois. Il en existe qui visent d’autres objectifs.

L’aménagement des vergers à graines

     Ce type d’aménagement vise à maximiser la production de cônes. Par le drainage, on limite l’humidité du sol; par l’irrigation au moyen de conduites verticales de pulvérisation, on retarde la formation des bourgeons jusqu’à ce que les sources locales de pollen aient cessé de produire; par l’application répétée d’engrais azotés et la cicatrisation basale, on stimule la formation des bourgeons à fleurs femelles; par la taille radicale du houppier, on facilite la cueillette des cônes. Enfin on a recours à l’amélioration génétique par pollinisation croisée, ainsi qu’aux tests de descendance et à l’élimination des sujets insatisfaisants.

L’aménagement des pépinières

     La gestion des pépinières forestières comprend plusieurs techniques spécialisées qui se rapprochent plus de l’agronomie que de la sylviculture. Chaque pépinière fait face à certains problèmes qui doivent être résolus à force d’essais et d’erreurs. Les semis en croissance en plein air sont généralement issus de semences et sont à racines nues, c’est-à-dire que leurs racines seront séparées de leur milieu de croissance quand ils seront transportés sur le terrain de reboisement. Le rétablissement du contact entre les racines et le sol constitue une phase cruciale et comporte un inconvénient fondamental puisque la plantation ne peut s’effectuer qu’au cours d’une courte période correspondant à la croissance rapide des racines. Les autres techniques de production de semis forestiers, soit les boutures végétatives et les plants en récipient, ont connu, surtout pour la dernière méthode, une croissance phénoménale au cours des dernières années.

Sylviculture des zones de loisir et sylviculture paysagère

     Ces formes de sylviculture comportent l’amélioration des peuplements, les éclaircies précommerciales et commerciales de même que l’aménagement de la végétation afin de répondre aux besoins des campeurs, des excursionnistes et des automobilistes qui passent en touristes dans les parcs, dans les aires de loisirs ainsi que dans les forêts commerciales. Les critères de l’aménagement paysager exigent souvent des modifications majeures de la disposition des parterres de coupe, du choix du régime sylvicole et même du choix des essences plantées. L’élagage des arbres sur le bord des routes forestières permet d’apercevoir l’intérieur des peuplements. Ces derniers sont délibérément façonnés par les pratiques sylvicoles afin d’améliorer l’habitat de la faune. À l’échelon du peuplement, on a recourt à la coupe d’éclaircie précommerciale et commerciale de même qu’à la fertilisation afin d’encourager la production fourragère sous le couvert forestier, au traitement de jardinage le long des cours d’eau afin de protéger les habitats riverains et maintenir la fraîcheur de l’eau ainsi qu’à l’abandon délibéré des chicots, des arbres morts et des arbres loups, afin de favoriser la nidification. Pour favoriser la pousse du fourrage et retarder le processus naturel de succession, on allume des incendies dirigés sur les superficies coupées à blanc, sur les prairies forestières et dans les peuplements. L’ensemencement de graminées est une pratique commune sur les superficies coupées à blanc sur les parcours ouverts de l’Ouest où les bovidés pâturent.

Relevés sylvicoles et tenue de registres
pour le suivi des peuplements

     L’une des caractéristiques essentielles de la foresterie réside dans la planification des mesures sylvicoles de façon à satisfaire aux objectifs d’aménagement envisagés par les propriétaires. La planification exige une excellente tenue des registres ainsi que le contrôle des performances des peuplements au moyen de relevés. Les relevés sylvicoles peuvent porter sur la régénération et les retards dans le reboisement, sur la plantation des semis et leur établissement. Toutes ces données sont intégrées à des registres qui tracent l’historique des peuplements, ces registres étant à leur tour des éléments des systèmes de planification et d’inventaire de la forêt.

     Après toute coupe à blanc, il faut faire des relevés sylvicoles au cours des 10 à 40 années que prend le nouveau peuplement pour atteindre la fermeture du couvert. Pour le Canada, cela signifie une charge annuelle de travail sur un à trois millions d’hectares.

     Ces relevés peuvent s’effectuer sur le terrain ou par une forme quelconque de télédétection. Dans le premier cas, il peut s’agir d’une simple promenade ou d’un échantillonnage sur de nombreuses petites placettes, temporaires et permanentes, établies selon un quadrillage des superficies coupées. On y examine la fréquence des essences ainsi que la densité et la hauteur des tiges, et on note la présence d’insectes, de maladies et d’autres dégâts, ainsi que la concurrence des espèces indésirables.

     Comme la plupart des forêts commerciales du Canada sont concédées à bail pour la récolte du bois, les concessionnaires étant légalement tenus d’assurer une régénération ou d’amener les semis au stade de l’autonomie de croissance, les relevés équivalent à des inspections des performances. Dans certaines provinces, on en confie le soin à des vérificateurs agréés par la province.

     Les systèmes où l’on prend en note les données sur les antécédents des peuplements sont habituellement des systèmes de stockage et d’extraction informatisés qui s’appliquent à un peuplement à la fois. Souvent accouplés à un système d’information géographique et à un système plus général et intégré de planification et d’inventaire de la forêt, ils sont mis au point et entretenus par des sociétés autorisées ainsi que par les administrations provinciales. Le Canada ne possède pas de système national d’enregistrement des antécédents des peuplements.

Préparation des plans d’aménagement

     Le dernier grand volet de la sylviculture, si on excepte les aspects administratifs et juridiques de la passation de marchés, dont il ne sera pas question ici, c’est la préparation des plans d’aménagement.

     Cette pratique sylvicole consiste a évaluer les peuplements pour mesurer le matériel sur pied, la structure du peuplement, la composition en essences, la fertilité et le régime de l’humidité, l’ampleur de la régénération, la situation des lits de germination et des sources de semence, l’embroussaillement, la valeur sur le plan du paysage, des loisirs et des habitats fauniques; à planifier l’implantation du peuplement et les soins culturaux; à rédiger des prescriptions détaillées; à mettre en œuvre les mesures prévues et à surveiller leur exécution, à l’échelon du peuplement; et à déterminer les répercussions de ces travaux sur les objectifs fixés pour l’ensemble de la forêt. Ces analyses et prescriptions formelles sont obligatoires dans certaines provinces pour chaque superficie coupée et elles doivent être signées par un ingénieur forestier (des milliers sont exigées chaque année). Elles sont devenues nécessaires en raison des controverses soulevées par l’utilisation intégrée des forêts (bois, loisirs, faune, sites, conservation de la nature) et parce que la variabilité et la complexité biologiques des forêts n’autorisent pas de traitements normalisés.

     L’inventaire du peuplement correspond à diverses solutions de rechange, toutes possibles, pour l’aménagement du peuplement, solutions qui répondent aux objectifs des propriétaires et qui sont économiques. On retient la meilleure et on élabore un plan pluriannuel détaillé de mise en œuvre, avec recommandations sur les prix et les détails de la marche à suivre. Tout ce processus ressemble au travail effectué par les ingénieurs et les architectes. La préparation et l’exécution réussie d’un plan de travaux sylvicoles est le test ultime pour démontrer le professionnalisme et la capacité d’un sylviculteur canadien.